Eraserhead

Jack Nance et David Lynch (Photo de tournage)

Charlotte Stewart (Mary)

Allen Joseph (Bill, le père de Mary) et Jack Nance (Henry Spencer)

Jeanne Bates (La mère de Mary) et Jack Nance (Henry Spencer)

Jack Nance (Henry Spencer et sa progéniture)

Il est nerveux, craintif, regarde sans cesse autour de lui. Il n’est pas de ce monde. Il est d’ailleurs. Alors il s’évade, comme il peut. Il rêve sans doute, mais rien ne le prouve. Cette femme dans le radiateur existe peut-être vraiment, qui le sait ?

Sa copine, étant enceinte, il se voit contraint de l’épouser. Elle accouche d’une créature étrange. Ce n’est pas un humain, c’est un animal qui geint en permanence. Peut-être parce que lui non plus n’est pas de ce monde. Peut-être parce qu’il le sait, parce qu’il le sent. Quant aux autres personnages, sont-ils de ce monde. Tout dépend. On discerne deux catégories d’individus : Henri Spencer, le personnage central. Nerveux, craintif et qui regarde sans cesse autour de lui. Sa copine, les parents de sa copine. Et puis d’autres personnages mais qu’on ne voit que dans un cadre professionnel. On ne peut pas en dire grand chose.

La scène centrale du film et celle du repas. Henri Spencer a été invité par sa copine. Lorsqu’il apprend la nouvelle par une voisine, il est surpris, il pensait que tout était fini entre eux parce qu’il n’avait plus de nouvelles.

Il arrive. Sa copine lui fait remarquer qu’il est en retard. La porte qui mène à la maison est une porte ancienne, une porte en bois avec des vitres. Elle ressemble davantage à un porte intérieure qu’à une porte extérieure. On voit de la fumée qui sort de quelque part.

On dit souvent que les personnages évoluent dans un monde postindustriel, c’est faux. Les rues sont désertes, comme si tout était mort, mais Henri Spencer passe à côté d’une usine et on entend du bruit, on voit de la fumée. Des gens y travaillent. Tout semble fonctionner normalement.

Il entre. La décoration de la pièce principale est sobre. On entend du bruit, un autre bruit, un bruit étrange. C’est une chienne qui nourrit ses petits. Henri Spencer et sa copine sont assis dans un canapé, la mère, dans un fauteuil, le père sur une chaise, il est attablé, déjà.

La mère pose des questions à son futur gendre. Le ton est froid, sec. Il répond. On apprend qu’il est imprimeur et qu’il est en vacances. Les réponses sont succinctes, aussi succinctes que les questions.

Puis c’est le père qui parle. De son métier – il est plombier – et c’est lui qui a installé tous ces tuyaux que l’on voit un peu partout, de-ci, de-là, à droite, à gauche. Non, il n’ont pas poussé tout seul. Ce qui lui a occasionné des problèmes aux genoux. Regardez-les, voyez comme ils sont devenus, il les montre. Mais la mère le fait taire. Il ne doit pas parler de ça. Elle l’entraine dans la cuisine. Il a juste le temps de demander à Henri s’il a faim. Car le repas est presque prêt.

A présent, nous y sommes dans la cuisine. La grand-mère est assise sur une chaise. Elle ne bouge pas, ne parle pas. La mère prépare la salade. Après l’avoir nettoyée et versés dans le saladier, elle le pose sur les genoux de la grand-mère, lui prend les mains, les ajuste sur les couverts et lui fait remuer la salade. La grand-mère ne semble pas consciente de ce qu’on lui fait faire. Puis la mère pose le saladier près de l’évier, met une cigarette entre les lèvres de la grand-mère et allume la cigarette. Et la grand-mère fume. Elle fume comme elle ferait autre chose.

Dans la salle à manger, tout le monde est autour de la table. Presque tout le monde : Le père, la mère, Henri et sa copine. On a oublié la grand-mère qui fume mais ne mange pas. Au centre de la table, un plat dans lequel ont été disposés des poulets. Des poulets d’une taille démesurément minuscule.

Et le père se remet à parler : Il y a X temps, son bras gauche est devenu inutilisable, un vrai poids mort. Les médecins lui ont dit que c’était foutu, qu’il n’y avait rien à faire, mais qu’est-ce qu’ils en savent. Il ne s’est pas résigné. Son bras, il l’a fait travailler. Ca a été long est difficile, mais il est arrivé à s’en servir de nouveau. Sauf qu’à présent, sa sensibilité a disparu et il a peur de se blesser. Avec un couteau, une fourchette, un clou, n’importe quoi. Il pourrait se taillader le bras sans s’en apercevoir. Aucune douleur, aucune sensation, rien.

Le sens : la robotisation, la mécanisation, la déshumanisation. Nous faisons des gestes, nous prononçons des phrases, mais sans en connaitre le sens profond. La communication avec nous-même, avec les autres est rompue. Lorsque le père parle, on l’empêche de s’exprimer. Son bras peut faire des choses, mais sa sensibilité est morte. Il est devenu une machine. La grand-mère remue la salade, mais sans savoir ce qu’elle fait. Et lorsque la mère, dans cette même scène, veut exprimer quelque chose, elle est incapable de maitriser quoi que ce soit. Elle embrasse son future gendre d’une façon érotique, voire sexuelle, car elle ne sait pas communiquer autrement, elle ne le sait plus. De même lorsque Henri Spencer découpe un des poulets. Il ne va pas jusqu’au bout, car l’animal se met à bouger. Ses ailes, tout aussi morte que lui, remuent d’avant en arrière et un liquide noir s’échappe de son corps. La mère a une crise, mais cette crise a toutes les apparences du plaisir et même de l’orgasme.

Derrière le robot, se cache un animal soumis à ses instincts les plus bas. Le sexe étant, ici, pris comme l’ultime moyen d’exprimer des émotions qui ne sont plus comprises.

Ceci n’est que l’ébauche d’une tentative d’interprétation de ce film qui reste, à bien des égards, très mystérieux.

Audrey’s Dance

Sherilyn Fenn – superbe – (Audrey Horne in Twin Peaks, de David Lynch et Mark Frost)

Audrey’s Dance (Instrumental) – Angelo Badalamenti

Mystère, drôlerie, cocasserie, émotion, mysticisme, frayeur, amour, amitié, il y a tout ça dans Twin Peaks, et plus encore.

Audrey’s dance instrumental

Mulholland drive

Une scène érotique. Une scène d’amour saphique, mais un film génialissime. Un film pour comédiennes et pour comédiens. Un film où les interprètes sont mis en valeur. Car David Lynch aime les acteurs et il les filme avec amour. Eraserhead, Mulholland Drive, Twin Peaks, Blue Velvet (ce n’est pas celui que je préfère), Lost Highway et même Une histoire vraie (The Straight Story) (que je n’aime pas du tout. Mais il y a Harry Dean Stanton et la magnifique Sissy Spacek) et bien sûr Elephant Man.

Une passion

Une passion tragique – elles le sont presque toutes – pleine de bruit et de fureur. Pleine de sons étranges. Bruits d’animaux venus d’on ne sait où. Il y a quelque chose de sombre et d’envoutant. Quelque chose de lynchéen. Quelque chose qui fait penser à Elephant Man. Aux images d’une femme effrayée, piétinée par des éléphants, rendue folle par ce qui n’est peut-être qu’un fantasme, un rêve, un cauchemar.

Mark Frost’s blog

Campbell says that we have, basically, two choices in how to exist in today’s world : you can live by through and for the financial… or the mythic. I believe that the work of genuine masterful storytellers can help keep us on the second path. Among the many things you might find along that way may include a sense of meaning in life, deeper compassion and connection, maybe even something like enlightenment.

Campbell dit que nous avons, fondamentalement, deux choix dans la façon d’exister dans le monde d’aujourd’hui : vous pouvez vivre à travers et pour le financier… ou le mythique. Je crois que le travail de véritables conteurs magistraux peut nous aider à rester sur la deuxième voie. Parmi les nombreuses choses que vous pourriez trouver dans ce sens, vous trouverez peut-être un sens de la vie, une compassion et une connexion plus profondes, peut-être même quelque chose comme l’illumination. (Google traduction)

Texte issu du Blog de Mark Frost

Mark Forst est le co-auteur, avec David Lynch, de la série Twin Peaks. Son père Warren Frost était comédien (il est décédé en 2017). Il interprète le rôle du médecin, William Hayward, père de Donna Hayward (Lara Flynn Boyle), la meilleure amie de Laura Palmer (Sheryl Lee).

Rebekah Del Rio

Llorando magnifiquement interprété par Rebekah Del Rio dans le film de David Lynch, Mulholland Drive (2001 – Studiocanal, Les Films Alain Sarde, Asymmetrical Productions, Babbo Inc.,The Picture Factory), avec, notamment Naomi Watts, Laura Harring, Justin Theroux, Ann Miller et Angelo Badalamenti.

Ce film, un autre film de David Lynch, m’a totalement fasciné. Je l’ai vu à sa sortie et je me souviens avoir vécu avec lui pendant plusieurs jours. J’avoue que, sur le moment, je n’ai pas très bien saisi les deux partie. La partie réelle et la partie rêvée, ou fantasmée, par le personnage interprété par Naomi Watts. Ce n’est que bien après que j’ai compris. Tout est génial. Le scénario, la réalisation, l’interprétation. Décidément, David Lynch est pour moi un rêveur, un poète, doté d’une intelligence remarquable qui lui permet de mettre en forme ses rêves sans les dénaturer. Car tous ses films sont comme des rêves éveillés, ses films mais aussi sa série Twin Peaks qu’il a créé et écrit avec Mark Frost. C’est comme s’il avait un accès direct à une partie de son cerveau qui nous est parfaitement inconnue, sauf, peut-être lorsque nous rêvons.