L’absurde

Le sentiment de l’absurde peut surgir de la « nausée » qu’inspire le caractère machinal de l’existence sans but ; il peut naître du sentiment de l’étrangeté de la nature, de l’hostilité primitive du monde auquel on se sent tout à coup étranger. Ou encore de l’idée que tous les jours d’une vie sans éclat sont stupidement subordonnés au lendemain, alors que le temps qui conduit à l’anéantissement de nos efforts est notre pire ennemi. Enfin, c’est surtout la certitude de la mort, ce « côté élémentaire et définitif de l’aventure » qui nous en révèle l’absurdité. En fait, ce n’est pas le monde qui est absurde mais la confrontation de son caractère irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. Ainsi l’absurde n’est ni dans l’homme ni dans le monde, mais dans leur présence commune. Il naît de leur antinomie. « Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l’un à l’autre comme la haine seule peut river les êtres. »

Albert Camus au journal Combat, qu’il dirige de 1943 à 1947

Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.

Un jour seulement, le ‘pourquoi’ s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.

L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.