Astarté

À André Gide

Elle siège, croisant d’une immobile étreinte
Un bras nu sur les seins verts spirales d’or fin
Et cambre au bord du thrône où rêve le dauphin
Sa peau de lune froide et d’air nocturne peinte.

D’un long ruban d’iris sa chevelure est ceinte
Où dort le croissant clair sur le disque divin.
Ses yeux purs abaissés réverbèrent sans fin
L’incolore nombril comme une étoile éteinte.

Elle tient dans ses doigts extatiques et bleus
Au pli vierge du sexe un lotus fabuleux —
Et deux tiges de lys qui sortent des aisselles

Glissent le long du corps leur geste divergent
Toucher dans le reflet des nuits universelles
Le marbre où sont fléchis ses pieds ornés d’argent.

Pierre Louys

Vu et lu dans un commentaire dans un post, sur ce blog. Je n’ai pas pu résister.

Sinclair Lewis

De toute ma vie, jamais je n’ai fait une seule chose que j’ai réellement voulue ! Je ne crois pas avoir accompli quoi que ce soit si ce n’est d’avoir réussi à subsister. Je me rends compte que je n’ai pas fait la moitié du quart des choses qu’il m’ait été possible de faire. Eh bien, peut-être accomplirez-vous plus de choses. Je n’en sais rien. Mais j’éprouve une sorte de plaisir honteux de savoir que vous saviez ce que vous vouliez faire et que vous l’avez réalisé. Bien, ces gens ici essayeront de vous intimider, et de vous rabaisser. Dites-leur d’aller au diable ! Je vous soutiendrai. Prenez ce travail à l’usine, si c’est ce que vous désirez. Ne soyez pas effrayé par votre famille. Non, ni par les habitants de Zénith. Ni par vous-même, comme je l’ai été. Avancez, vieil homme ! Le monde est à vous !

Extrait de Babbitt, de Sinclair Lewis (Harcourt, Brace & Co., 1922 – Librairie Stock, version française établie par Maurice Rémon, préface de Paul Morand… je ne sais pas en quelle année).

Sinclair Lewis, auteur américain à succès dans les années 20-30, dont plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, est cité dans un article Wikipédia consacré à Joseph Campbell, lui-même cité par Mark Frost dans son blog…

En 1930, Sinclair Lewis fut le premier Américain à recevoir le prix Nobel de littérature. Ce prix récompense tout particulièrement Babbitt (1922), l’un de ses romans les plus connus, dont le nom est devenu un mot du langage courant.

Mark Frost’s blog

Campbell says that we have, basically, two choices in how to exist in today’s world : you can live by through and for the financial… or the mythic. I believe that the work of genuine masterful storytellers can help keep us on the second path. Among the many things you might find along that way may include a sense of meaning in life, deeper compassion and connection, maybe even something like enlightenment.

Campbell dit que nous avons, fondamentalement, deux choix dans la façon d’exister dans le monde d’aujourd’hui : vous pouvez vivre à travers et pour le financier… ou le mythique. Je crois que le travail de véritables conteurs magistraux peut nous aider à rester sur la deuxième voie. Parmi les nombreuses choses que vous pourriez trouver dans ce sens, vous trouverez peut-être un sens de la vie, une compassion et une connexion plus profondes, peut-être même quelque chose comme l’illumination. (Google traduction)

Texte issu du Blog de Mark Frost

Mark Forst est le co-auteur, avec David Lynch, de la série Twin Peaks. Son père Warren Frost était comédien (il est décédé en 2017). Il interprète le rôle du médecin, William Hayward, père de Donna Hayward (Lara Flynn Boyle), la meilleure amie de Laura Palmer (Sheryl Lee).

L. F. Céline

Un travail historique récent démontre que Céline a été un agent actif de l’Allemagne nazie, et notoirement proche de certains milieux collaborationnistes pendant l’Occupation de la France par l’Allemagne. Le rôle qu’il a joué durant cette période a longtemps été minoré, avant que la recherche historique ne fasse la lumière à ce sujet. Son antisémitisme s’est exprimé avec virulence dans des pamphlets dès 1937.

Court extrait d’une interview réalisée en 1959

Louis-Ferdinand Céline, faux cul du début à la fin. Le journaliste le piège : Vous m’avez dit, un jour, que vous vous considériez comme le plus grand écrivain vivant. Il ne réagit pour ainsi dire pas, ou à peine. C’est un peu exagéré, répond en substance l’affreux. Céline savait très bien que son style était novateur, qu’il avait inventé quelque chose d’inédit. Il l’écrit très clairement dans une lettre adressé à Gallimard au moment de Voyage au bout de la nuit. Pour l’éditeur qui aura le courage de publier ce livre, c’est le prix Goncourt assuré. Gallimard ne publiera pas le Voyage, comme on l’appelle, il sera publié par Denoël, autre antisémite notoire, qui finira assassiné en 1945 dans d’étranges circonstances. Céline était un écrivant de grand talent, certes, mais c’était surtout un salaud de la pire espèce. Comment ne pas y penser en lisant ses livres. Certains disent, ils y a deux Céline, celui du Voyage, de Mort à crédit et celui des Beaux draps ou de Bagatelles pour un massacre, autrement dit, un bon et un mauvais. Non. Il n’y a qu’un Céline qui s’est, peut-être, forcé à écrire des livres globalement propres sur eux pour vendre, même si rien n’était assuré étant donné la nature de son style. Mettre en avant ses oeuvres propres, c’est quelque part nier, mettre à part, ses oeuvres sales, comme si elles étaient un accident, du laisser-aller, alors que Céline est partout, dans les unes comme dans les autres.

Le Monde des livres du 8 février 2017, compte rendu de Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique d’Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard, 1 178 pages, 35 €.

L’absurde

Le sentiment de l’absurde peut surgir de la « nausée » qu’inspire le caractère machinal de l’existence sans but ; il peut naître du sentiment de l’étrangeté de la nature, de l’hostilité primitive du monde auquel on se sent tout à coup étranger. Ou encore de l’idée que tous les jours d’une vie sans éclat sont stupidement subordonnés au lendemain, alors que le temps qui conduit à l’anéantissement de nos efforts est notre pire ennemi. Enfin, c’est surtout la certitude de la mort, ce « côté élémentaire et définitif de l’aventure » qui nous en révèle l’absurdité. En fait, ce n’est pas le monde qui est absurde mais la confrontation de son caractère irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. Ainsi l’absurde n’est ni dans l’homme ni dans le monde, mais dans leur présence commune. Il naît de leur antinomie. « Il est pour le moment leur seul lien. Il les scelle l’un à l’autre comme la haine seule peut river les êtres. »

Albert Camus au journal Combat, qu’il dirige de 1943 à 1947

Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.

Un jour seulement, le ‘pourquoi’ s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.

L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe.