Rien à Déclarer

Rien à déclarer est un film franco-belge réalisé par Dany Boon, sorti en 2010.

Malgré des critiques peu élogieuses, j’ai aimé ce film (je suis fan de Dany Boon).

Gérard Lefort écrit dans Libération : Le plus navrant naufrage concerne Benoît Poelvoorde qui n’a vraiment rien à déclarer, sinon une capacité autodestructrice à s’abîmer en grimaces sordides. Triste. ce film n’est peut-être pas un chef d’oeuvre du genre, mais je ne suis pas du tout d’accord avec cette critique.

Ceci étant, j’ai repéré une scène que j’adore et que je trouve absolument géniale. Elle n’est pas très longue, elle dure 1 minute et 9 secondes.

Laurent Capelluto, Laurent Gamelon, Bruno Lochet

Eraserhead

Jack Nance et David Lynch (Photo de tournage)

Charlotte Stewart (Mary)

Allen Joseph (Bill, le père de Mary) et Jack Nance (Henry Spencer)

Jeanne Bates (La mère de Mary) et Jack Nance (Henry Spencer)

Jack Nance (Henry Spencer et sa progéniture)

Il est nerveux, craintif, regarde sans cesse autour de lui. Il n’est pas de ce monde. Il est d’ailleurs. Alors il s’évade, comme il peut. Il rêve sans doute, mais rien ne le prouve. Cette femme dans le radiateur existe peut-être vraiment, qui le sait ?

Sa copine, étant enceinte, il se voit contraint de l’épouser. Elle accouche d’une créature étrange. Ce n’est pas un humain, c’est un animal qui geint en permanence. Peut-être parce que lui non plus n’est pas de ce monde. Peut-être parce qu’il le sait, parce qu’il le sent. Quant aux autres personnages, sont-ils de ce monde. Tout dépend. On discerne deux catégories d’individus : Henri Spencer, le personnage central. Nerveux, craintif et qui regarde sans cesse autour de lui. Sa copine, les parents de sa copine. Et puis d’autres personnages mais qu’on ne voit que dans un cadre professionnel. On ne peut pas en dire grand chose.

La scène centrale du film et celle du repas. Henri Spencer a été invité par sa copine. Lorsqu’il apprend la nouvelle par une voisine, il est surpris, il pensait que tout était fini entre eux parce qu’il n’avait plus de nouvelles.

Il arrive. Sa copine lui fait remarquer qu’il est en retard. La porte qui mène à la maison est une porte ancienne, une porte en bois avec des vitres. Elle ressemble davantage à un porte intérieure qu’à une porte extérieure. On voit de la fumée qui sort de quelque part.

On dit souvent que les personnages évoluent dans un monde postindustriel, c’est faux. Les rues sont désertes, comme si tout était mort, mais Henri Spencer passe à côté d’une usine et on entend du bruit, on voit de la fumée. Des gens y travaillent. Tout semble fonctionner normalement.

Il entre. La décoration de la pièce principale est sobre. On entend du bruit, un autre bruit, un bruit étrange. C’est une chienne qui nourrit ses petits. Henri Spencer et sa copine sont assis dans un canapé, la mère, dans un fauteuil, le père sur une chaise, il est attablé, déjà.

La mère pose des questions à son futur gendre. Le ton est froid, sec. Il répond. On apprend qu’il est imprimeur et qu’il est en vacances. Les réponses sont succinctes, aussi succinctes que les questions.

Puis c’est le père qui parle. De son métier – il est plombier – et c’est lui qui a installé tous ces tuyaux que l’on voit un peu partout, de-ci, de-là, à droite, à gauche. Non, il n’ont pas poussé tout seul. Ce qui lui a occasionné des problèmes aux genoux. Regardez-les, voyez comme ils sont devenus, il les montre. Mais la mère le fait taire. Il ne doit pas parler de ça. Elle l’entraine dans la cuisine. Il a juste le temps de demander à Henri s’il a faim. Car le repas est presque prêt.

A présent, nous y sommes dans la cuisine. La grand-mère est assise sur une chaise. Elle ne bouge pas, ne parle pas. La mère prépare la salade. Après l’avoir nettoyée et versés dans le saladier, elle le pose sur les genoux de la grand-mère, lui prend les mains, les ajuste sur les couverts et lui fait remuer la salade. La grand-mère ne semble pas consciente de ce qu’on lui fait faire. Puis la mère pose le saladier près de l’évier, met une cigarette entre les lèvres de la grand-mère et allume la cigarette. Et la grand-mère fume. Elle fume comme elle ferait autre chose.

Dans la salle à manger, tout le monde est autour de la table. Presque tout le monde : Le père, la mère, Henri et sa copine. On a oublié la grand-mère qui fume mais ne mange pas. Au centre de la table, un plat dans lequel ont été disposés des poulets. Des poulets d’une taille démesurément minuscule.

Et le père se remet à parler : Il y a X temps, son bras gauche est devenu inutilisable, un vrai poids mort. Les médecins lui ont dit que c’était foutu, qu’il n’y avait rien à faire, mais qu’est-ce qu’ils en savent. Il ne s’est pas résigné. Son bras, il l’a fait travailler. Ca a été long est difficile, mais il est arrivé à s’en servir de nouveau. Sauf qu’à présent, sa sensibilité a disparu et il a peur de se blesser. Avec un couteau, une fourchette, un clou, n’importe quoi. Il pourrait se taillader le bras sans s’en apercevoir. Aucune douleur, aucune sensation, rien.

Le sens : la robotisation, la mécanisation, la déshumanisation. Nous faisons des gestes, nous prononçons des phrases, mais sans en connaitre le sens profond. La communication avec nous-même, avec les autres est rompue. Lorsque le père parle, on l’empêche de s’exprimer. Son bras peut faire des choses, mais sa sensibilité est morte. Il est devenu une machine. La grand-mère remue la salade, mais sans savoir ce qu’elle fait. Et lorsque la mère, dans cette même scène, veut exprimer quelque chose, elle est incapable de maitriser quoi que ce soit. Elle embrasse son future gendre d’une façon érotique, voire sexuelle, car elle ne sait pas communiquer autrement, elle ne le sait plus. De même lorsque Henri Spencer découpe un des poulets. Il ne va pas jusqu’au bout, car l’animal se met à bouger. Ses ailes, tout aussi morte que lui, remuent d’avant en arrière et un liquide noir s’échappe de son corps. La mère a une crise, mais cette crise a toutes les apparences du plaisir et même de l’orgasme.

Derrière le robot, se cache un animal soumis à ses instincts les plus bas. Le sexe étant, ici, pris comme l’ultime moyen d’exprimer des émotions qui ne sont plus comprises.

Ceci n’est que l’ébauche d’une tentative d’interprétation de ce film qui reste, à bien des égards, très mystérieux.

L’adieu à Raimu

Texte écrit par Marcel Pagnol, dans l’émotion du moment, sur une table du bar du Fouquet’s, le jour de la mort de Raimu (le 20 septembre 1946), et publié immédiatement dans France-Soir, dirigé alors par son ami Sam Cohen.

On ne peut pas faire un discours sur la tombe d’un père, d’un frère ou d’un fils, tu étais pour moi les trois à la fois : je ne parlerai pas sur ta tombe. D’ailleurs je n’ai jamais su parler, et c’était Raimu qui parlait pour moi. Ta grande et pathétique voix s’est tue, et mon chagrin fait mon silence. Devant Delmont, qui pleurait sans le savoir, Jean Gabin a croisé tes mains sur ta poitrine, j’ai pieusement noué le papillon de ta cravate, et tous ceux de notre métier sont venus te saluer.

Longuement, nous avons médité devant cette lourde statue de toi-même. Nous avons découvert ce masque si noble que la vie nous avait caché. Pour la première fois tu ne riais pas, tu ne criais pas, tu ne haussais pas tes larges épaules. Et pourtant, tu n’avais jamais tenu autant de place, et cette présence de marbre nous écrasait par ton absence.

Alors, nous avons su qui tu étais. Des journalistes, des cinéastes, des comédiens arrivaient par dessus les frontières. Toi, qui n’étais que notre ami, nous avons vu tout à coup que ton génie faisait partie du patrimoine de la France, et que des étrangers, qui ne t’avaient rencontré vivant, pleuraient de te voir mort. Tu prenais sous nos yeux ta place brusquement agrandie. Et puis, il est venu des hommes qui ont enfermé dans un coffre énorme tant de rires, tant de colères, tant d’émotions, tant de gloire, tant de génie.

Par bonheur, il nous reste des films qui gardent ton reflet terrestre, le poids de ta démarche et l’orgue de ta voix… Ainsi, tu es mort, mais tu n’as pas disparu. Tu vas jouer ce soir dans trente salles, et des foules vont rire et pleurer : tu exerces toujours ton art, tu continues à faire ton métier, et je peux mesurer aujourd’hui la reconnaissance que nous devons à la lampe magique qui rallume les génies éteints, qui refait danser les danseuses mortes, et qui rend à notre tendresse le sourire des amis perdus.

Septembre 1946

Source : chamade1000.unblog.fr

Mulholland drive

Une scène érotique. Une scène d’amour saphique, mais un film génialissime. Un film pour comédiennes et pour comédiens. Un film où les interprètes sont mis en valeur. Car David Lynch aime les acteurs et il les filme avec amour. Eraserhead, Mulholland Drive, Twin Peaks, Blue Velvet (ce n’est pas celui que je préfère), Lost Highway et même Une histoire vraie (The Straight Story) (que je n’aime pas du tout. Mais il y a Harry Dean Stanton et la magnifique Sissy Spacek) et bien sûr Elephant Man.

Une passion

Une passion tragique – elles le sont presque toutes – pleine de bruit et de fureur. Pleine de sons étranges. Bruits d’animaux venus d’on ne sait où. Il y a quelque chose de sombre et d’envoutant. Quelque chose de lynchéen. Quelque chose qui fait penser à Elephant Man. Aux images d’une femme effrayée, piétinée par des éléphants, rendue folle par ce qui n’est peut-être qu’un fantasme, un rêve, un cauchemar.

La Maman et la Putain

Où il est question de sexe, d’amour, de désillusion, des années 70, de feu 68, du temps qui passe, d’un texte sans fin et génialissime, de relations impossibles, de grands soirs qui n’auront jamais lieu.

La Maman et la Putain est un film français écrit et réalisé par Jean Eustache en 1973. Le film est considéré par de nombreux critiques comme un chef-d’œuvre du cinéma.

Le film a été tourné entre le 21 mai et le 11 juillet 1972. Avec Françoise Lebrun, Bernadette Lafont, Jean-Pierre Léaud, tous les trois magnifiques.

Entretien avec Françoise Lebrun, Bernadette Lafont, Jean-Pierre Léaud et Jean Eustache

A lire aussi : Dans les dessous de La Maman et la Putain

Rebekah Del Rio

Llorando magnifiquement interprété par Rebekah Del Rio dans le film de David Lynch, Mulholland Drive (2001 – Studiocanal, Les Films Alain Sarde, Asymmetrical Productions, Babbo Inc.,The Picture Factory), avec, notamment Naomi Watts, Laura Harring, Justin Theroux, Ann Miller et Angelo Badalamenti.

Ce film, un autre film de David Lynch, m’a totalement fasciné. Je l’ai vu à sa sortie et je me souviens avoir vécu avec lui pendant plusieurs jours. J’avoue que, sur le moment, je n’ai pas très bien saisi les deux partie. La partie réelle et la partie rêvée, ou fantasmée, par le personnage interprété par Naomi Watts. Ce n’est que bien après que j’ai compris. Tout est génial. Le scénario, la réalisation, l’interprétation. Décidément, David Lynch est pour moi un rêveur, un poète, doté d’une intelligence remarquable qui lui permet de mettre en forme ses rêves sans les dénaturer. Car tous ses films sont comme des rêves éveillés, ses films mais aussi sa série Twin Peaks qu’il a créé et écrit avec Mark Frost. C’est comme s’il avait un accès direct à une partie de son cerveau qui nous est parfaitement inconnue, sauf, peut-être lorsque nous rêvons.